Rachel Bacon
« Depuis quelques années, je me rends dans la région minière d’anthracite de l’est de la Pennsylvanie, aux États-Unis, pour mener des recherches sur son histoire complexe et dévastée. Cela s’inscrit dans le cadre de mon enquête à long terme sur les paysages d’excavation, que je considère comme des formes de dessin extractif élargi. Inspirée par ces voyages de recherche, qui comprennent également des investigations dans les archives historiques, je réalise des dessins au graphite à grande échelle, de nature semi-sculpturale, sur du papier froissé. Ces dessins évoquent des fragments d’un paysage instable ramenés à la surface et rendus visibles. Dans ma pratique du dessin, je réinvente le paysage comme une forme de co-création. Au lieu de considérer la surface du terrain, ou d’une feuille de papier vierge, comme un espace vide pouvant être rempli par des formes de marques dominantes, je cherche plutôt à établir une collaboration avec la surface. Ma méthode de dessin repose sur un processus manuel minutieux qui devient un moyen de ralentir le temps. Dans mes dessins, je suis les motifs du papier froissé. Alors que cela indique généralement une erreur et que le papier devrait être jeté, les dommages subis par le papier sont révélés et valorisés grâce à un tracé soigné. Au fur et à mesure que je dessine, je remets de la matière première sur le papier, en dessinant autour des lignes froissées, dans une sorte d’excavation à rebours. Ce faisant, une veine apparaît, comparable à une veine de charbon ou de minerai, et ressemblant aux veines, à la peau et aux muscles de nos propres corps. La veine dans le dessin est toutefois composée de papier vierge, suggérant que sa valeur réside peut-être dans un espace de potentiel imaginatif, contrairement à l’épuisement limité associé aux pratiques d’excavation. Au cours de ma résidence au RAVI, je prévois de travailler sur une série de trois dessins à grande échelle spécifiques au site, qui seront suspendus dans l’espace, offrant ainsi aux spectateurs l’occasion d’une expérience sensorielle et incarnée. La réflexion et la teinte du graphite varieront en fonction du mouvement et de la lumière, de sorte que l’ensemble devrait évoluer et s’adapter aux mouvements du spectateur. Je prévois également d’effectuer des recherches dans les archives municipales de Liège, à la recherche de vieilles photos des zones minières et de les utiliser pour développer une nouvelle orientation de recherche dans la région. Je suis également curieuse d’en savoir plus sur la manière dont le paysage entourant Liège s’est formé et a été influencé par sa longue association avec le charbon et l’industrie minière. »
Rachel Bacon, mars 2026



